Préface de Jean De Maillard.

Pour quelles raisons les principaux acteurs de la répression (douane, justice, police) sont-ils toujours dans l’incapacité de définir les types d’organisation criminelle en France ? Pourquoi utilisent-ils toujours l’expression de « grand banditisme » pour évoquer des groupes criminels qui relèvent in fine de la criminalité organisée ? Pourquoi n’existe pas toujours pas en France, en 2018, des chercheurs qui devraient analyser, comprendre l’impact par exemple du trafic de drogues ou mieux connaître l’implantation des mafias russe, chinoise, pakistanaise, mieux italiennes ? Comment expliquer le déni du CNRS, des universités, surtout des pouvoirs publics face à ce manquement stupéfiant à la production de connaissances ?
Le témoignage d’acteurs du Milieu, ayant notamment participé au trafic d’héroïne, la dite French Connection (1935-1985), et l’étude de nombreux dossiers judiciaires donnent enfin de nouvelles clés pour comprendre l’évolution de la criminalité organisée en France. Pour la première fois, la mise en perspective d’épisodes inédits de l’histoire du Milieu français, liés principalement à l’action des Mafias turques ou italo-américaines, met au jour la mutation des traditionnels groupes criminels sur la base d’un nouveau concept d’analyse : l’économie trafiquante. Sous l’angle de l’économie industrielle, l’étude des entreprises criminelles made in France met en relief l’existence de stratégies notamment liées à la recherche et au traitement de l’information. Un document inédit tant sur la forme que sur le fond, dans la lignée des documents anglo-saxons.

« Se comporter comme un mafieux, cela m’implique pas que l’on va commettre un crime, voler un riche bourgeois ou taper une banque. Être mafieux, c’est d’abord une question de solidarité, de débrouillardise, une façon de voler d’abord l’État sans la moindre violence. J’ai connu des mafieux qui sont restés ouvriers toute leur vie, qui n’ont jamais trafiqué de came, mais qui n’ont jamais payé d’impôts ! Être mafieux, c’est faire un devoir de réserve sur son potentiel à détourner des fonds, protéger les siens, et venir en aide aux plus démunis. C’est avant tout un état d’esprit. »
Un trafiquant marseillais de la French Connection