Un cave ?
Allez à la lettre C, vous aurez une définition.
De A à Z, et avec le temps, vous serez un peu moins cave, un peu plus affranchi. Mais ne vous faites pas trop de cinéma !

Note de l’auteur : j’inscris régulièrement de nouvelles entrées dans l’ABCDaire. Si vous avez des mots, expressions, suggestions de films ou autres, n’hésitez pas à me les communiquer par mail : contact.colombie@orange.fr

A

Affaler (s’) : balancer des informations aux policiers ou aux adversaires, des fausses ou des vraies. « Elle s’est affalée comme il faut, elle a envoyé tordu tout le long! »

AFFRANCHIS (Les) (long-métrage, USA, 1990) : réalisé par Martin Scorsese. Voix off : « C’est là que j’ai découvert le monde, et que j’ai fait connaissance avec Jimmy Conway… »

LES AFFRANCHIS - Jimmy Conway

LES AFFRANCHIS - Jimmy Conway

Aller aux asperges : aller chercher le client, prostitution. « J’ai trouvé deux gonzesses qui veulent aller aux asperges ! Me voilà obligé de faire le mac ! »

Aller au matelas : expression très populaire chez les « cousins » italo-américains – Go to the Mattresses. Peu utilisée en France, mais je compte sur votre bouche-à-oreille pour la rendre populaire dans notre cher pays où une guerre peut en cacher une autre. Aller au matelas, c’est se replier vers un endroit secret pour réfléchir sur la stratégie à suivre pour ne plus perdre la face. Lorsque vous irez sur votre matelas, pensez-y : il arrive que tout le monde ne dorme pas !

Il dort le gros con...

Il dort le gros con...

Allonger (s’) : Avouer, donner des informations. Autre expression similaire : se mettre à table. Un truand peut s’allonger devant un flic, un magistrat mais aussi devant un autre truand. Ou une femme.

American Gangster (film de Ridley Scott, 2017) : Inspiré de la vie du gangster Frank Lucas, interprété par Denzel Washington, le film raconte aussi une histoire de ségrégation raciale, dans les rues de Harlem, sous fond de guerre du Vietnam. Et revient sur la fabrication de l’héroïne en Indochine, thanks les Frenchies. L’une des répliques les plus célèbres du film ? « Le plus important dans le commerce c’est l’honnêteté, l’intégrité, le dur labeur, et la famille. Ne jamais oublier d’où l’on vient. » Sans oublier : « Soit tu es quelqu’un, soit tu es personne. Une minute, je reviens… »

Scène culte American Gangster - "Soit tu es quelqu'un..."

Scène culte American Gangster - "Soit tu es quelqu'un..."

Angels with Dirty Faces – Les anges aux figures sales (long-métrage USA, 1938) : réalisé par Michael Curtiz. Avec James Cagney, acteur ayant fréquenté le gratin des Familles de Chicago et New-York. Un classique pour nombre de truands corso-marseillais et parisiens de l’Après-guerre.

Angels with dirty Faces (1938) Trailer

Angels with dirty Faces (1938) Trailer

Apache : petit voyou, grand voleur, plus ennemi qu’ami des truands du début du XXème siècle. Les plus célèbres ? Manda et Leca. Le 2 février 1902, Leca, amant de la légendaire Amélie Elie dite Casque d’Or et chef de la bande de la Courtille, est capturé. La légende, toujours elle, prétend que Leca et Manda se sont écharpés pour conquérir le coeur de Casque d’Or. Arrêtés, les deux chefs de bande finissent leurs jours à Cayenne. Le tatouage est la marque des Apaches parisiens : trèfles sur la main, étoiles, grains de beauté dessiné sous l’œil. Sans oublier, les « mort aux vaches », qui font bondir les roussins (policiers), ou « né sous une mauvaise étoile ». Le préfet Lépine instaure la brigade canine pour lutter contre les Apaches. Il avait du chien, le Lépine !

Argot : le mot argot désigne non pas une langue ou une manière de parler, mais le milieu des mendiants et des voleurs. Il faut attendre la fin du XVIIe siècle pour que le terme argot commence à s’appliquer au langage secret des malfaiteurs, à leur jargon : le jargon de l’argot – ou jargon du Milieu – est devenu l’argot tout court. L’argot est donc le nom donné, à partir du XVIIIe siècle, au langage crypté des malfaiteurs et de la pègre (mot d’argot), langage dont l’existence est attestée dès le Moyen-Âge, comme en témoignent les ballades en argot ancien écrites par François Villon au milieu du XVe siècle. Toutefois, la langue argotique, surtout caractérisée par un vocabulaire particulier, ne connaîtra une certaine diffusion dans le public qu’à partir du XIXe siècle, grâce notamment aux Mémoires de Vidocq, ex-bagnard devenu chef de la Sûreté, et à certains romans de Balzac, de Victor Hugo, d’Eugène Sue… Source : Curiosités étymologiques.

Armes (trafic) : petite devinette… Qui sont les principaux pays marchands d’armes sur la planète ? Les cinq pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU. Dont la France. Voilà ça sera tout pour aujourd’hui. N’est pas Lord of War qui veut.

lord of war - vendre des armes

lord of war - vendre des armes

Arracher (s’) : partir, quitter les lieux le plus vite possible. Deux truands sur un braquo. Les flics déboulent. « On s’arrache! Y’a les condés ! »

Avoir des grillons plein la tête : n’avoir rien dans le cerveau. Un truand dirait par exemple d’un autre : « Il a des grillons plein la tête, ça chante du matin au soir, là-dedans ! »

B

Baltringue : individu qui veut paraître à défaut d’être. « Regarde-le ce baltringue, il se prend pour un corbeau depuis qu’il fréquente les chapeaux pointus ! »

Baraque : machine à sous clandestine, le plus souvent installée dans des bars. Une véritable industrie, notamment en France, dont les acteurs principaux sont les placiers, les gérants de bars, les collecteurs et banquiers. Une chaîne de la baraque qui tourne à plein régime depuis bientôt un demi-siècle.

Batteuse : Machine à écrire ou « bécane ».

Baveux : nom utilisé pour désigner un avocat, surtout un pénaliste.

Blanchir : rendre la vie à celui qui est condamné à mourir. A la condition, souvent, que le miraculé aille faire ses affaires ailleurs, à l’étranger, méthode qui permet au blanchisseur d’ajouter une nouvelle corde à son arc, un individu redevable à son clan : renseignements, affaires…

Blanchir (de l’argent) : rendre propre de l’argent sale, faire disparaitre la source, le délit et/ou le crime, avant qu’elle ne devienne fontaine d’argent. Ou la mare aux canards. Il y a mille façons d’y parvenir mais je vais vous donner un tuyau, facile, pour blanchir votre oseille : les cartes prépayées. Je vois certains sourire, penser, « c’est du passé, gadjo, maintenant c’est… » Maintenant, je sais aussi mais faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages ! Comme le dit si joliment Marlène Jobert, dans le film susnommé : « Vous autres, j’sais pas c’que vous aimez, les oeufs aux plats, la théière de jardin ou le rythm’ and blues, moi c’est les sous ! » Dépenser le fric, il n’y a que ça de vrai, n’est-ce pas ?

Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages (Marlène Jobert) 1968 - 1

Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages (Marlène Jobert) 1968 - 1

Bérets rouges : unité de lutte antiterroriste du régime communiste bulgare. Cible ? Le mouvement de protestation musulman. Avant l’effondrement du Mur de Berlin, évidemment. Après ? Hé bien, c’est un peu comme en Russie, les mercenaires ont pris quelques rênes du pouvoir néo-libéral, notamment les commandes du secteur de l’assurance et de la sécurité. On rackette, on assure, ça rassure. On fait chanter, bien entendu, sexe, drogue et vidéo. Tout en s’enfonçant dans la marge, l’illégal, l’illicite. Là où on retrouve le Milieu français, et quelquefois une idéologie très, très à droite, ce que certains truands appellent « l’Internationale fasciste ». Depuis bientôt un siècle, depuis que l’on se dit qu’il vaut mieux taper dans les caisses de l’État que de se brûler les yeux à voler les mains armées.

Bois (trafic de) : les forêts sont depuis longtemps dans la ligne de mire, et l’abattage illégal fait florès partout dans le monde. Et bien sûr, le cave se dit : »mais non, pas en France… si ? » Et pourquoi pas ? Bon, je vous l’accorde, les mafias russes,  chinoises ou brésiliennes remportent le pompon, la priorité étant d’abattre les forêts primaires, et d’en profiter pour s’adonner au commerce illicites connexes (flore, faune). Le problème, c’est que l’on ne sait plus qui est le mafieux de service… Le flic censé surveiller les routes de Sibérie ou d’Amazonie ? Le douanier, assis derrière le flic ? L’élu, debout derrière le flic et le douanier ? Bref, vous avez compris, il ne vous reste plus qu’à vous raccrochez à la première branche. Une règle à retenir : au marché noir, qui dépasserait le milliard d’euros, l’arbre cache la forêt. Requiem boréal, la tronçonneuse en guise de violon.

Bonnie and Clyde (long métrage, USA, 1967) : Artur Penn à la manœuvre. Bonnie Parker et Clyde Barrow s’aiment envers et contre tout et, même, contre la loi. Menant une vie de gangsters, ils parcourent les routes américaines en multipliant les braquages… n’hésitant pas à tuer quiconque tenterait de stopper leur course folle. Accompagnés de complices aussi déterminés qu’eux, les amants maudits vivent leur histoire d’amour à pleine vitesse, mais surtout à leurs risques et périls. Elle est pas belle la vie de gangsters, avec ou sans gilets jaunes ?
https://www.warnerbros.fr/videos/bonnie-and-clyde-bande-annonce

Bourgeois : policier en tenue civile.

Brelicater : porter un calibre.

C

Caïd (long métrage, France, 2017) : film autoproduit et réalisé par Ange Basterga et Nicolas Lopez. Entre fiction et réalité, un journaliste pourrait (en) perdre son latin dans les quartiers nord…

"CAID" TRAILER (2017)

"CAID" TRAILER (2017)

Calibre : pistolet. Le calibre désigne une arme de poing. « Gus, t’es bien calibré ? »

Casse de Nice : l’un des plus célèbres braquages français, réalisé par une équipe constituée d’une quarantaine d’hommes, le 19 juillet 1976. Butin : environ 30 millions d’euros (de 2018). Casse attribué par les caves, et vous en avez été pour votre argent en allant voir le film de Jean-Paul Rouve, « Sans arme, ni haine, ni violence » (2008). Quand je vous dis qu’on vous fait les poches, et que vous n’y voyez que du feu. Bref, Si Spaggiari est à l’origine du Casse, en découvrant la possibilité d’utiliser les égouts pour entrer sous la banque, il n’a jamais écrit le célèbre slogan « Sans arme, ni haine, ni violence » puisqu’il n’avait tout simplement pas le droit de creuser le tunnel, 8 mètres de long, 1,3 mètre de haut, pas même de fracturer les 371 coffres lors du week-end du 18 juillet. Je vous passe les détails sur les quatre mois de préparation, digne d’une comédie à l’italienne, et vous donne juste une info : après le casse, les malfaiteurs se sont partagés le butin en 60 parts, soit l’équivalent de 500.000 euros (de 2018). certains en ont reçu une seule, c’est le cas de Nyta (Zampa), juste « pour qu’il en soit et qu’il nous en prenne pas deux, après » (dixit un affranchi), d’autres deux parts max. Spaggiari, lui, on lui a refilé quelques cailloux, et juste de quoi se pavaner, mais pas trop, car un cave reste un cave, le fric lui brûle les doigts, et sa langue pend de trop. Pour preuve, il sera balancé en 1978 comme étant le « cerveau », (on lui a ouvert la fenêtre du bureau du juge), ce qui arrangera les vrais cerveaux qui, eux, courent toujours. On en a fait tout un film, mais comme toujours non pas pour servir l’histoire, mais des acteurs qui eux ont bien compris que le monde se divise en deux. Et que toi, tu creuses et marnes pour les engraisser. Pour finir, c’est une partie du butin, infime, qui a servi de banque pou constituer ce que l’on appellera en 1981, la French Sicilian Connection. Pour en savoir plus, il faut lire mes « Beaux Voyous » (Fayard, 2008), document qui pour la première fois remettait Spaggiari à sa place, très, très loin de la plage des Catalans. Et donner à voir le véritable mode opératoire des truands et membres du Service d’Action Civique ayant commandité et organisé l’assassinat du juge Pierre Michel. Dans ses mémoires publiées en 2015, « Truand, mes 50 ans dans le milieu corso-marseillais  » (Robert Laffont), Milou a remis quelques pendules à l’heure. Et c’est d’actualité : soupçonné d’avoir commis un livre dans lequel il rend à César ce qui n’est pas à Bert (surnom de Spaggiari), Jacques Cassandri comparait début février 2018 pour blanchiment et recel du « casse du siècle » au tribunal de Marseille.

Cavale : fuite. De deux types : la cavale de flic, le flic poursuit un truand ; la cavale de voyou, un voyou poursuit un voyou. Dans les deux cas, il s’agit de régler des comptes. Mais quand un flic poursuit un truand pour le compte d’un voyou ou d’une équipe, ça se corse. Et croyez-moi, la réalité dépasse souvent la fiction, surtout celle que l’on voit à la télévision française.

Cave : personne non affranchie aux règles du Milieu, à la dite Mentalité. Vous, jusqu’à preuve du contraire.

Cave se rebiffe (le) (long-métrage, France, 1961) : film réalisé par Gilles Grangier.
L’argument ? Le cave Robert Mideau est un graveur de talent. Eric Masson, l’amant de sa femme, veut se servir de lui pour contrefaire les billets de banque hollandais. Il prend contact avec Charles Lepicard, un ancien tenancier de maison close, et Lucas Malvoisin, un homme d’affaires véreux. Ensemble, ils se rendent chez Ferdinand Maréchal (Gabin), dit Le Dabe, un vieux spécialiste du trafic de fausse monnaie. Maréchal accepte de revenir à Paris et de prendre l’affaire en main… Ses complices vont-ils monter un turbin ?

Le Cave se rebiffe

Le Cave se rebiffe

Charcler ou chacler : tuer volontairement un individu, le plus souvent par balle. On parle aussi d’une cha(r)clade lorsque le coup est bien monté, sans témoin, ni traces.

Clan des Siciliens (Le) (long métrage, France, 1969) : film de Henri Verneuil. Le truand Roger Sartet (Alain Delon) s’évade avec la complicité d’une famille mafieuse, les Manalese, dirigée par le patriarche Vittorio (Jean Gabin). Malgré une traque rondement menée par le commissaire Le Goff (Lino Ventura), Sartet lui échappe. A l’aide de ses complices, le truand propose un projet démentiel : voler une collection de bijoux qui doit être transférée de Rome vers New-York par avion…
Les trois stars du cinéma français réunis pour la première fois sur le grand écran. La scène du déjeuner (extrait ci-dessous), une mise en bouche du film Le Parrain diffusé 3 ans plus tard aux USA ?

Le clan des siciliens : scène déjeuner

Le clan des siciliens : scène déjeuner

Clandé : bordel clandestin, mais pas que. Désigne aussi un cercle de jeu clandestin ou toute réunion où la loi du silence prime sur tout le reste.

Cheval de bois : utilisé dans l’expression suivante : « Tu dis ça à un cheval de bois, il te donne un coup de pied ! ». Autrement dit, « me raconte pas d’histoires, et ne continue pas car tu vas finir par me manquer de respect. »

Cheval de retour : expression utilisée par les condés, les bleus, pour désigner un truand d’un certain âge qu’ils retrouvent soudain dans les jumelles. Jamais utilisé dans le Milieu et pour cause : il n’y a qu’un aller simple pour le hors-la-loi, jamais de retour.

Chouffer : observer, épier, s’informer et rendre compte.

Cosa Nostra : l’une des plus puissantes mafias de la planète. Pour en savoir plus, tapez « Cosa Nostra » dans un moteur de recherches, rayon Actualités. Pour résumé, la Mafia cherche à compromettre le pouvoir politique, quand ce n’est pas l’inverse. A ce petit jeu, on ne sait plus qui offre le plus de services, ni même quels sont les objectifs des uns et des autres. Communs, il va de soi. Comme le dit Enzo Robutti dans Le Parrain 3 : « La finance est une arme. La politique, c’est de savoir quand appuyer sur la détente. »

Comptée : recette, paiement, argent que la gagneuse remet à son souteneur. Aller toucher sa comptée, c’est un peu comme entrer dans une église : remettre les pendules à l’heure.

Condé : flic, policier.

Corbeau : truand expérimenté, souvent au casier judiciaire aussi léger qu’une plume de greffier, qui a réussi à faire sa place dans l’univers très fermé du politico-mafieux, là où les places sont très chères pour taper les caisses de l’État, vos poches, bande de caves ! Le corbeau porte beau, tourne le dos à ceux qui galèrent ou friment un peu trop, voyage en première classe et fréquente la buvette de l’Assemblée nationale. On le disait par exemple de François Marcantoni, un ami de Delon, ou de Dédé la Sardine. On le dirait aujourd’hui de… Allez, cherchez donc, vous finirez par trouver.

Curieux : juge d’instruction.

D

Demi-sel : personnage qui se prend pour un ronflant, mais qui ne perd rien pour attendre. Autrement dit qui ne fait pas partie du Milieu mais qui balancerait père et mère pour en être. On en trouve souvent du côté des auxiliaires de police, mais pas que. Comme qui dirait Blier, dans « Le Cave se rebiffe » (Grangier, 1961, France) : « Monsieur Éric avec ses costards tissés en Écosse à Roubaix, ses boutons de manchettes en simili et ses pompes à l’italienne fabriquées à Grenoble, et ben c’est rien qu’un demi-sel. Et là, je parle juste question présentation ! »

Bernard Blier - C'est rien qu'un demi-sel

Bernard Blier - C'est rien qu'un demi-sel